Le féminisme et les lunettes de conscience


Divers / vendredi, octobre 11th, 2019

Aujourd’hui, c’est la journée internationale des filles. J’ai envie d’écrire un billet sur ce sujet qui apparaît, un peu malgré moi ces derniers temps, et je me dis que le moment est bien choisi.

J’ai une amie très engagée dans la cause féministe. Jusqu’à aujourd’hui, j’écoutais attentivement ses discours sans vraiment comprendre la réalité de ce qu’elle avançait. Je la prenais évidemment au sérieux vu le cœur qu’elle mettait à lister toutes ces injustices, injures, irrespects quotidiens de la gente misogyne. Le soucis est que je ne me sentais pas du tout concernée. C’est comme si elle me parlait d’une autre époque, d’un autre univers, parallèle au mien. Je me pensais préservée de tout ça, n’ayant jamais eu de soucis « graves ». Les outrages que j’imaginais correspondre à cette lutte étaient le viol, les attouchements, les insultes dans la rue, les humiliations, etc. J’ai toujours, pour ma part, eu des relations honnêtes avec les hommes, je ne me suis jamais sentie bafouée, toujours respectée. Donc je n’arrivais pas à prendre la mesure de tout ça.

Ça c’était il y a quelques années. Nos discussions, avec cette amie ce sont ensuite espacées pour reprendre profondément il y a quelques jours seulement. Et là, un voile s’est levé. Comme si elle m’avait chaussé discrètement des lunettes de conscience (la fourbe !).

Il y a un moment déjà que circulent entre mes mains certains livres mettant en scène des femmes  insoumises, entières, indépendantes. Et depuis peu, ces textes m’interpellent davantage que d’ordinaire. Par exemple dans « Don Quichotte de la Manche » ce magnifique passage où la belle bergère fait une intervention lors de l’enterrement d’un homme qui s’est suicidé par amour pour elle. Elle souhaitait rester seule et n’a jamais donné d’illusions, pourtant tous les hommes du village la rendent responsable. Je vous scanne le passage pour que vous puissiez le lire par vous même. C’est écrit en 1605 ! Cliquez ici pour ouvrir le texte

Il y a eu le Mona Chollet sur les sorcières, puis quelques autres… Bref, tout ça pour dire que je suis amenée à reconsidérer certaines choses, et la discussion avec mon amie a clairement ouvert mes yeux.

Ma première claque fut il y a quelques jours. J’emmenais ma fille à l’école, il y avait une maman et la maîtresse devant le portail. En partant, je fais demi-tour et je cale. Et là ! La première chose que j’ai entendu dans ma tête, la phrase que j’ai générée spontanément fut : « Ce n’est pas grave il n’y a pas de garçons ». C’est à ce moment que j’ai compris. Je fut abasourdie par la révélation qui m’était offerte. Tout était ancré en moi sans que jamais je ne m’en soit rendu compte. Je n’avais pas l’impression de vivre d’injustices car depuis des générations et des générations, la place de la femme est définie et l’alchimie entre l’éducation, le cercle familial, la société, les héritages fait que des réactions aussi stupides sont devenues normales.

Depuis ce moment, régulièrement je me sens agressée par de « petites » choses. Cet enfant qui scande innocemment un « je ne suis pas une bonniche », puis l’article ci-dessous trouvé dans un journal pour les 8/12 ans, en passant par des dizaines de remarques qualifiées d’ordinaires. C’est effarant de voir à quel point je fut aveugle et malléable.

J’avais besoin de partager tout ça avec vous, cette prise de conscience assez violente. Je l’ai publiée sur mon blog plus personnel mais après tout cela concerne tout le monde, et mon combat écologique est intimement lié à d’autres combats qui se rejoignent tous en un point central, celui d’être libre, d’être respecté (et de respecter les autres) en tant qu’humain tout simplement, humain dans toute ses singularités, toutes ses différences, juste humain.

Je joins à cet article des illustrations de cette merveilleuse amie en question, celle qui me colle des lunettes à mon insu. Son travail se trouve ici et .

Ainsi qu’une vidéo assez révélatrice, mais pour ça on chausse d’abord ses lunettes de « je ne suis pas un consommateur mouton et je fais abstraction de la marque cracra qui essaie de vendre ses produits en manipulant les émotions des spectateurs ».

A bon entendeur !

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